Said Chourar

Ma part de vérité!

Poème écrit sur la vie réelle d’une jeune fille : Djawida qui a souffert et dont la maman est fille de chahid. Grâce au Club des Poètes de Bejaia, elle deviendra une véritable artiste

Moi

Dis –moi mère pourquoi tant de souffrances
Nous accablent dans notre vie d’innocence?
Avons-nous pêché pour mériter ce cruel sort
D’un vil père qui nous nous en veut à mort?
Je souffre fort, mère, devant tant de cruautés
Et mon être vomit son honneur et sa dignité
C’est à neuf ans que j’ai ouvert mes yeux
Et j’ai confié mes peines aux lointains cieux
Je n’ai point connu d’enfance dans ma vie
Et j’ai végété comme une herbe qui survit
Dans cet âge, j’ai assumé de lourdes tâches
A la place d’un père infâme et bien lâche

Ma mère

Lorsque j’ai épousé ton père, ma petite chérie
J’étais la fille d’un chahid mort pour la patrie
Je n’avais pas fait de choix comme toute fille
Et mon sort fut réglé par le reste de ma famille
J’ai fait bon cœur contre ma mauvaise fortune
Croyant, par le mariage, bien atteindre la lune
J’ai connu ton père dans ma prime jeunesse
C’est comme cela que commença ma détresse
Ton père était un homme livré à la bouteille
Et aux psychotropes comme nul autre pareil
Ma vie de jeune fille bascula dans la terreur
Et c’est cela qui imprégna ma vie de douleur

Moi

Puis nous sommes nés moi et mes petits frères
Et ensemble, nous vécûmes une vie de misère
Partagés entre une mère malade et abattue
Et un père ivrogne qui, à petit feu, nous tue
Mes frères et moi ne connûmes point de joies
Nous avons plongé, tout petits, dans le désarroi
Les blessures se succédèrent comme une noria
Transformant nos vies à celles de vrais parias
Nous plongeâmes dans une solitude mortelle
Face aux vils agissements d’un père criminel
Petits oiseaux, nous ne pouvions te protéger
Et l’on te voyait ta vie et la nôtre saccagées

Ma mère

Il m’arrivait d’affronter la dureté des jours
M’attachant à votre angélique et bel amour
Votre père me frappait telle une bête immonde
Et ma fureur intérieure s’allume et gronde
J’étais impuissante dans ma peau de femme
Je voyais ma vie dépérir ainsi que ma flamme
Chaque nuit, je subissais mille et une tortures
S’achevant par de profondes meurtrissures
Votre père s’adonnait à ses grands vices sordides
Faits de beuveries qui lui font des poches si vides
L’alcool et la drogue faisaient en lui des ravages
Et moi, toute frêle subissant ses sataniques rages

Moi

C’est à l’âge de neuf ans que j’ai vu ta douleur
Et j’ai perdu tout sourire face à ces malheurs
Je te voyais sombrer dans la maladie et la ruine
Et c’est toute ta santé qui s’en va et décline
Je te voyais t’orienter vers les bras de la folie
Et ton maigre corps qui s’échine, courbe et plie
A cet âge, les filles jouaient avec leurs poupées
Alors que moi, de tous mes frères, je m’occupais
Je voulais t’épargner les durs travaux harassants
Qui te pesaient sur ton petit corps frémissant
J’ai voulu que tous les miens soient heureux
Mais j’étais seule face à ce monstre coléreux

Ma mère

Je sais combien tu as apporté à notre famille
Et tu fus notre seul rayon de soleil qui brille
Tu m’as donné cette volonté qui me manquait
Mais les dures années, au fer, m’ont marqué
Je perdais le goût à la vie et tous mes efforts
Etaient destinés pour améliorer votre sort
Je vous voyais jouer comme une somnambule
Et ma santé périclitait pour devenir nulle
J’avais des enfants chétifs et à l’œil apeuré
Et moi, dans ma folie, je me suis emmurée

Moi

Les agressions de ce père devenaient graves
Et il fit de nous tous ses serviteurs et esclaves
Mes frères et sœurs subissaient sans rechigner
Toutes ces horreurs de sa main bien signées
Il abandonna sa couche pour la dive bouteille
Et nous avions appris à subir ses noirs réveils
Mes petits frères étaient dans un désarroi total
Et, tout petits, ils domptèrent ce grand mal
Je les voyais sombrer dans la triste déprime
Et c’est vers le mal que leur vie s’arrime
L’école fut notre meilleur refuge à nos débuts
Et nous avions cherché chez des maîtres imbus
Cet amour d’un père livré à ses excès de folie
Mais l’indifférence nous suivra tel un vrai délit
Mes frères et sœurs sombraient dans la tristesse
Et ne connurent jamais de cette belle tendresse
Le vice était là aux aguets et s’abattit sur eux
La prison était leur destinée mes malheureux
Ils goûtèrent à l’amitié de grands malfaiteurs
Qui les transformèrent en de sordides voleurs
Mère, tu n’étais plus en mesure de les défendre
Et moi, frêle fille, je n’avais que mon cœur tendre
A convaincre des êtres dépourvus de sentiments
Qui ne voyaient en moi que ces beaux moments
Que ma beauté pouvait bien leur en procurer
Et tous ont eu ces élans sauvages qui ont duré

Ma mère

Tu es ma petite fille forte et tu es toute belle
Et les épreuves du temps nous viennent du ciel
Mets Dieu dans ton cœur et ne crains personne
Fais ton chemin dans la dignité et la voie bonne
Chaque être doit connaître un jour le bonheur
Et le vôtre, mes chéris, connaîtra son heure
Tu rencontreras un jour l’homme de ta vie
Qui t’aimera comme tu en as eu bien envie
Le mal a toujours une fin pour tous les êtres
Et crois en Dieu le Seul et Grand des Maîtres
Reprenez-vous mes enfants et soyez bien dignes
Et le Créateur vous enverra bientôt Ses signes

Moi

Je te fais la promesse d’être forte ô ! Mère
Et je veillerais bien sur tous mes petits frères
Je suivrais ma destinée sans aucune relâche
Et leur avenir reste ma seule et grande tâche
Nous payons, ô ! Mère, la cruauté du destin
Qui nous priva d’un père et toi aussi du tien
Tu as souffert, mère, et Dieu te réserve ta place
Dans Son Paradis où le mal n’a plus de trace
Tu retrouveras grand-père parmi les anges
Là où il n’y a plus aucun vice ou mensonge
Il a aidé à la liberté de son peuple par son sang
Et je crie fort que les miens sont bien innocents
La justice de ton pays t’ignore ô ! Mère chérie
Ton père, toi et nous avons payé un fort prix.



Chourar Said:

 

Toutes les droites appartiennent à son auteur Il a été publié sur e-Stories.org par la demande de Said Chourar.
Publié sur e-Stories.org sur 17.07.2011.

 

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